mardi 19 août 2008

Bixby, Jerome : Appelez-moi un exorciste. (Marabout)

Miroirs déformants, potions magiques, envoûtements érotiques, malédictions, sorcières, loups-garous, satyres, diables lubriques et grivois... tous les ingrédients traditionnels de la mythologie fantastique sont menés, sous la plume de Jérôme Bixby, à hue et à dia. Au point que tout aussi tourne court : l'amour le plus fou, le rêve le plus échevelé, la passion la plus dévorante. Au point que le monde entier devient un salmigondis de choses étonnantes, inimaginables, effrayantes, sournoises, cruelles et plus noires que vous ne pensez...

La couverture de ce « Marabout » me plaisait bien et malgré le titre légèrement ridicule, j'ai décidé de me procurer ce recueil de dix-neuf nouvelles.
Et j'ai eu raison ! Ce livre a le don de mettre de bonne humeur.
C'est un festival fantastique (dans les deux sens du terme) très porté sur le sexe et surtout l'humour. On y croise des démons plus ou moins effrayants mais toujours roublards (d'ailleurs plusieurs nouvelles se déroulent carrément en Enfer) et des homme insatisfaits recherchant un improbable amour, des richesses inaccessibles ou une hypothétique immortalité et se faisant systématiquement rouler dans la farine. Dans ces récits, beaucoup de philtres et de potions magiques, de contrées exotiques mais surtout des femmes pour lesquelles on se damne au sens propre comme au figuré. Ici même un humain beau comme un Apollon n'arrivera pas à retenir Aphrodite et si le héros arrive à ses fins, c'est pour, très vite, le payer abominablement cher.
Dix-neuf nouvelles, dix-neuf bijoux cruels et drôles.
Je me suis régalé à la lecture de ce bouquin et si je connaissais déjà l'auteur pour l'avoir déjà lu dans certaines anthologies, ce livre, véritable concentré d'humour et de saine terreur m'a vraiment séduit.
Essayez de vous le procurer, vous ne le regretterez sûrement pas.



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dimanche 17 août 2008

Kempf, Hervé : Comment les riches détruisent la planète. (Seuil)

Nous sommes à un moment de l'histoire qui pose un défi radicalement nouveau à l'espèce humaine : pour la première fois, son prodigieux dynamisme se heurte aux limites de la biosphère et met en danger son avenir. Vivre ce moment signifie que nous devons trouver collectivement les moyens d'orienter différemment cette énergie humaine et cette volonté de progrès. C'est un défi magnifique, mais redoutable.
Or, une classe dirigeante prédatrice et cupide, gaspillant ses prébendes, mésusant du pouvoir, fait obstacle au changement de cap qui s'impose urgemment. Elle ne porte aucun projet, n'est animée d'aucun idéal, ne délivre aucune parole mobilisatrice. Après avoir triomphé du soviétisme, l'idéologie néolibérale ne sait plus que s'autocélébrer. Presque toutes les sphères de pouvoir et d'influence sont soumises à son pseudo-réalisme, qui prétend que toute alternative est impossible et que la seule voie imaginable est celle qui conduit à accroître toujours plus la richesse.
Cette représentation du monde n'est pas seulement sinistre, elle est aveugle. Elle méconnaît la puissance explosive de l'injustice, sous-estime la gravité de l'empoisonnement de la biosphère, promeut l'abaissement des libertés publiques. Elle est indifférente à la dégradation des conditions de vie de la majorité des hommes et des femmes, consent à voir dilapider les chances de survie des générations futures.
Pour l'auteur de ces pages incisives et bien informées, on ne résoudra pas la crise écologique sans s'attaquer à la crise sociale concomitante. Elles sont intimement liées. Ce sont aujourd'hui les riches qui menacent la planète.

Hervé Kempf est un des journalistes d'environnement les plus réputés. Depuis près de vingt ans, il travaille à faire reconnaître l'écologie comme un secteur d'information à part entière, et a défriché nombre de dossiers sur le changement climatique, le nucléaire, la biodiversité ou les OGM. Après avoir fondé Reporterre, il a travaillé à Courrier international, à La Recherche, et maintenant au Monde.

Voilà un livre qui, derrière un titre volontairement provocateur, prouve que le totalitarisme est maintenant du côté du « marché » et que de plus en plus, la classe dominante constituée de privilégiés, non contente de spolier l'humanité de ses richesses, détruit d'une manière irréversible les ressources de la planète.
Pas de longues argumentations mais des chapitres concis, des faits concrets et prouvés qui démontrent que la crise écologique est bien lié à la crise sociale, qu'en plus de se goinfrer des richesses créées par d'autres, la nouvelle classe dominante s'acharne à appauvrir VOLONTAIREMENT le reste de l'humanité. La catastrophe écologique annoncée est maintenant, sauf improbable prise de conscience, pratiquement certaine. Les inégalités gagnent du terrain dans tous les pays et les drames humains s'accompagnent de pollutions irréversibles.
La croissance perpétuelle, la création incessante de nouveaux biens de consommations non seulement inutiles mais dangereux tuent la Terre et massacrent ses habitants.
Un livre effrayant, qui synthétise les connaissances actuelles et démontre que la fin est déjà programmée.


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vendredi 15 août 2008

Guerre des mondes (La). Version 1953

Le monde angoissé apprend l'arrivée sur terre de curieux engins venus de Mars. En Californie, des badauds et des savants observent de près l'un de ces appareils. Parmi eux se trouve un jeune professeur, Forrester et une étudiante, Sylvia. Un prêtre, oncle de Sylvia, essaie de parlementer. Mais il est foudroyé par un rayon puissant...

Ce film de 1953 est devenu un classique incontournable de la science fiction. Il faut dire que les trucages étaient vraiment phénoménaux pour l'époque.
Le roman de H.G. Wells est ici transposé aux États-Unis, les célèbres tripodes du livre changés en d'extraordinaires soucoupes volantes très modernes qui ne seraient pas ridicules dans un film récent. Le spectacle est, il faut l'avouer, assez bon dans les scènes d'actions. Pour un film des années 50, la violence est étonnante ce qui explique sans doute le succès de LA GUERRE DES MONDES à sa sortie.
Et c'est vrai que malgré que ce ne soit pas la première vision, j'ai passé une bonne soirée avec ce DVD.
Et pourtant, il y a de nombreux passages verbeux, une morale chrétienne omniprésente. (Ici le curé alcoolique du roman devient un brave type se faisant vite désintégrer dans une tentative de dialogue avec les martiens), des « bons » américains caricaturaux, des discours militaires (nous sommes en pleine guerre froide) invraisemblables, des femmes obéissantes, un héros au regard d'acier et tous les poncifs du genre. La réalisation est sans surprise, les acteurs plutôt mauvais.... normalement tous les ingrédients sont réunis pour que ce film soit un navet.
Alors ce qui sauve le film, outre les scènes d'actions réussies et les effets spéciaux parfaits, c'est sans doute simplement que Wells avait écrit un livre se prêtant parfaitement à une adaptation cinématographique. Je vais sans doute me faire assassiner par les puristes mais je préfère quand même la version moderne de LA GUERRE DES MONDES, toute aussi dénuée de profondeur mais au rythme et aux trucages hallucinants. Bref, pour un amateur, les deux DVD sont indispensable. La version 1953 pour se mettre en bouche et la version 2005 pour sa noirceur et le spectacle inouï qu'il offre.
Mon billet sur LA GUERRE DES MONDES 2005
ICI


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mercredi 13 août 2008

Endô, Shûsaku : Dernier souper (Le). (Folio)

Quel terrible secret de son passé Tsukada tente-t-il d'oublier - ou d'expier - en buvant? Comment un prêtre occidental, profondément croyant en apparence et qui convertit les Japonais de son entourage, devient-il un défroqué ? Quelle place notre vie laisse-t-elle à la mort ?
Au coeur d'un japon tourné vers l'avenir, Shûsaku Endô essaie de réconcilier traditions ancestrales et enseignement catholique, péché et obsession du rachat, souffrance et courage.

Voici un petit bouquin à deux euros qui me donne envie (c'est je crois le but de cette collection) d'approfondir l'univers de l'auteur. Ces trois nouvelles sont très belles et passionnantes.
La première : LES OMBRES, nous décrit, sous la forme d'une lettre adressée à celui-ci, un prêtre dont l'image se brouille et se dégrade au fil du récit. D'un homme bon et courageux, d'un être presque idéal, se rajoute par petites touches des petites anecdotes qui rendent le personnage beaucoup moins sympathique et presque haïssable. Du grand art littéraire !
La seconde nouvelle : LE RETOUR, d'une grande sensibilité, est une tranche de la vie d'un homme. un deuil récent le force à se remémorer la perte de sa mère. En parallèle, sa tentative avortée de sauver un chien de la maltraitance de son maître est très symbolique de l'état mental dans lequel il se trouve.
Le dernier récit : LE DERNIER SOUPER, au-delà d'une intrigue prenante, d'un symbolisme omniprésent et d'une fin stupéfiante, est tout empreint de fraternité et de valeurs traditionnelles mêlées à une culture et une approche plus moderne (et chrétienne) du sentiment de repentance.
Un beau et troublant petit livre. Pour ma part, je vais vite commander le recueil dont il est extrait : UNE FEMME NOMMÉE SHIZU. Comme moi vous pouvez découvrir cet auteur pour un prix dérisoire avec ce magnifique et délicat petit ouvrage ou alors me faire confiance (zavez intérêt !) et commander directement le recueil complet.



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lundi 11 août 2008

Spirou et Fantasio : La Voix sans maître (Hors série 3) et Fantasio Et le fantôme (Hors série 4). (Dupuis)

Voici deux albums rigoureusement indispensables pour qui (comme moi) est un passionné de Spirou (et Fantasio bien sûr).
Les deux premiers hors série présentaient des aventures de Spirou jamais édités en albums mais qui précédaient de peu le premier album « officiel ».( L'HÉRITAGE et RADAR LE ROBOT
Avec LA VOIX SANS MAÎTRE et FANTASIO ET LE FANTÔME, nous avons droit à de courtes aventures parues dans l'hebdomadaire à des époques différentes et par des dessinateurs et scénaristes divers.
LA VOIX SANS MAÎTRE

LA NAISSANCE DE SPIROU : 21 avril 1938. La toute première planche. Rob-Vel se dessine lui-même en train de créer un petit groom qui va prendre vie. Émouvant !
SPIROU ET LA PUCE (1942 / 1943) : Spirou manager d'un boxeur amateur de canard ! Une aventure toujours drôle 65 ans après.
FANTASIO ET LE SIPHON (1957) : Publiée dans un « Spirou poche » publicitaire à très peu d'exemplaires, c'est une petite mésaventure de Fantasio dessinée par Franquin avec l'aide Jidéhem et Marcel Denis. Classique mais sympatoche.
LE FANTACOPTÈRE SOLAIRE (1980) : Une reprise par Nic de la fameuse invention créée par Franquin où l'on voit Fantasio adapter des panneaux solaires à ce petit engin volant et se faisant déclenchant des catastrophes.
LA VOIX SANS MAÎTRE (1981) : Le premier récit de Spirou par Tome et Janry. Une bonne petite aventure se déroulant au château de Champignac. Un galop d'essai réussi.
LA MENACE (1982) : Une brève fantaisie bien sympathique.
LA TIRELIRE EST LÀ (1984) : Comme la précédente, une petite aventure (très petite même : 2 pages !) rigolote.
UNE SEMAINE DE SPROU ET FANTASIO (2001) : Juste, en une page, un calendrier dessiné par Tome et Janry.

FANTASIO ET LE FANTÔME

FANTASIO ET LE FANTÔME (1946) : Une très bonne aventure de Spirou et surtout de Fantasio. Une avalanche de gags et de rebondissements divers, des gaffes et de la bonne humeur. Cet épisode signé Jijé est superbe et très drôle !
LA ZORGLUMOBILE (1976) : un gag en une page de Franquin où l'on assiste à l'effarement d'un portier d'hôtel devant la Zorglumobile garée par Spirou, Fantasio et le comte de Champignac.
NOËL DANS LA BROUSSE (1949) : Une digression parue dans le numéro spécial Noël de 1949 qui s'insérait dans l'aventure « SPIROU CHEZ LES PYGMÉES » et qui n'avait pas été éditée dans l'album QUATRE AVENTURES DE SPIROU ET FANTASIO (Le premier album « officiel ». Très sympathique.
FANTASIO ET LES PATINS TÉLÉGUIDÉS (1957) : Une mésaventure de Fantasio qui démontre tout l'art de Franquin à créer de courtes et savoureuses histoires.
COEURS D'ACIER (1982) : Un hommage d'Yves Chaland au graphisme de Jijé. Publié dans l'hebdomadaire à raison de deux planches en noir et blanc. L'épisode, ici colorisé, est toujours inachevé. Surprenant et réussi.
VACANCES À BROCÉLIANDE (1973) : Un épisode onirique et délirant signé par Fournier. Superbe !
JOYEUSES PÂQUES, Papa (1971) : Fournier réuni ici la plupart des personnages créés par Franquin pour un hommage à celui-ci. Sympa et émouvant.
Deux albums indispensables qui dans un joyeux désordre nous offrent des aventures inédites en albums. Forcément inégales, ces planches sont quand même en général très agréables à (re) découvrir. J'aimerais bien que les éditions DUPUIS éditent enfin une intégrale Spirou. Trop de trésors doivent encore dormir dans leurs archives.
Espérons que pour le 70° anniversaire...

:green:


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samedi 9 août 2008

Williams, charles : Aux urnes, les ploucs ! (Folio/Policier)

L'oncle Sagamore régale ! C'est qu'il est en campagne électorale. Tout est bon pour être tranquille, y compris d'être élu puisque c'est nécessaire pour magouiller en paix. Créatures de rêve, alcool, promesses... Non content d'avoir rendu fou le shérif du coin, Sagamore va une nouvelle fois marquer de son exceptionnelle patte le comté de Blossom. De mémoire de concitoyens, on n'avait jamais rien vu d'aussi formidable. Tout le pays en a parlé ! Les gens qui se tiraient dessus... Le gouvernement qui menaçait d'envoyer la garde nationale... En fin de compte, ça faisait une telle pagaille que personne ne savait plus qui faisait campagne pour qui, ni pourquoi. Quelle importance ? Une petite arnaque, une pression, un coup bas... Le pays connaît ça. Il l'a prouvé depuis.

J'avais tellement aimé FANTASIA CHEZ LES PLOUCS qu'il fallait absolument que je me procure la suite : ce bouquin. Mais je dois dire que, comme tout le monde le sait, il est rare qu'une suite soit au niveau du premier roman. J'étais donc partagé entre l'envie de le lire et une certaine appréhension de gâcher un peu le souvenir du premier.
Et bien je suis plus que rassuré. AUX URNES, LES PLOUCS ! Est largement aussi bon que FANTASIA CHEZ LES PLOUCS. On retrouve avec un immense plaisir les protagonistes principaux du précédent augmenté de quelques nouveaux personnages aussi haut en couleurs. C'est toujours à travers les yeux d'un enfant, Billy, que nous suivons les aventures picaresques, les magouilles diverses et pour tout dire les truanderies de Pop et de l'oncle Sagamore. Et quelles aventures ! C'est formidablement drôle, captivant et on se régale de la première à la dernière page. Trop court ! C'est presque un cri que l'on pousse en refermant ce livre.
Avec FANTASIA CHEZ LES PLOUCS, cette suite, sommet d'humour qui me fait un peu penser aux meilleurs bouquins de René Fallet se doit de figurer dans toute bonne bibliothèque. En tout cas, ces deux livres (qui peuvent se lire séparément) font une lecture idéale pour l'été.
Je ne vous le conseille pas.... je vous ordonne de l'acheter. :diable2:
Allez hop ! Exécution (ou je ne vous parle plus) :top: :bouquin2:



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jeudi 7 août 2008

Rollin, Jean : Clôture (La). (Folio)

La même année que Napoléon Bonaparte naît dans une bourgade de la Sarre un enfant roux dont le père, tonnelier, a servi dans les armées de Frédéric II. A la faveur des guerres de la Révolution et de l'Empire, l'enfant roux - au départ, une sorte d'Allemand - est appelé à devenir l'un des plus illustres maréchaux de France, avant de mourir fusillé à l'angle des jardins de l'Observatoire. Entre-temps, il aura été vainqueur à la Moskova et sur quantité d'autres champs de bataille, héroïque lors de la retraite de Russie, indécis ou calamiteux dans d'autres circonstances, déloyal à l'empereur, traître à la monarchie restaurée, défait à Waterloo et indéfectiblement fidèle à quelque chose d'éclatant et d'obscur.
Aujourd'hui, le boulevard qui lui est dédié relie la porte de Saint-Ouen à la porte d'Aubervilliers, à la limite de la ville et de ce qui l'entoure, à travers des quartiers qui ne comptent pas parmi les plus aérés de la capitale. D'autres destins s'y nouent - moins brillants, dans l'ensemble, que celui du maréchal Ney -, d'autres échecs s'y consomment. Celui de Gérard Cerbère, rescapé de nombreuses Bérézinas, désormais retranché avec sa caravane à l'intérieur d'un pilier soutenant le périphérique, celui de Lito, officier des forces armées zaïroises échoué au McDonald's de la porte de Clignancourt. Ou encore celui de Ginka Trifovna, originaire de Ruse, en Bulgarie, âgée de dix-neuf ans et assassinée dans la nuit du 21 au 22 novembre 1999 sur un talus de la rue de la Clôture.

Ce bouquin traînait dans ma « pile à lire » depuis un bon moment. Et puis à la faveur d'un petit rangement, je me suis dit qu'il serait peut-être temps de m'intéresser à lui.
Et bien il était temps en effet que je découvre cet auteur. LA CLÔTURE est un livre admirable. Il raconte en parallèle le destin tragique du maréchal Ney et la vie mélancolique du Boulevard qui porte son nom ainsi que de la Zone entre la Chapelle et Clignancourt. La Grande Histoire et le lugubre quotidien d'une humanité de ce Paris que les touristes ne connaissent pas. Paumés, clodos, putains, loubards et autres exemples de vies brisées qui hantent ces quartiers.
Sur un fond de bruit permanent du périphérique, dans une ambiance presque funèbre, Jean Rollin nous montre, avec une précision géographique étonnante, la vie ordinaire, la détresse journalière, presque normale, d'habitants en marge de la société ou, tout au moins, à la limite de celle-ci.
Dans un style presque froid, détaché, l'auteur nous raconte de brèves histoires, presque toutes d'un ordinaire et poignant désespoir dans une sore de terrible « no man's land » admirablement et minutieusement décrit. On est captivé, presque hypnotisé et pour tout dire passionné par ces destins croisés. C'est du grand art littéraire allié à un reportage social extraordinaire.
Je vous conseille chaleureusement ce livre admirable. :top:


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mardi 5 août 2008

Agapit, Marc : Santons du Diable (Les) (Fleuve Noir "Angoisse")

Un jeune écolier qui aime avec passion la lecture de l'Apocalypse...
Un puissant magicien qui a vécu plusieurs vies depuis le Moyen-Âge...
Un hideux démon fait prisonnier à l'aide d'une formule magique...
Des gens qui disparaissent mystérieusement au village...
Une visite en enfer, avec l'horrifiante vision de la course en char des damnés...
Et enfin la vengeance du démon, la mort affreuse du magicien et la délivrance des villageois ensorcelées...
voilà les ingrédients du cocktail capiteux offert au lecteur par le petit garçon qui aimait tant lire l'Apocalypse.

Curieux texte de quatrième de couverture, qui, plutôt que de présenter l'ouvrage le résume et dévoile la fin !
Ce livre, pour moi, a une histoire. A sa sortie en février 1968, j'étudiais dans une école en suisse et à la faveur d'un quartier libre, soit un jeudi, soit un samedi, je ne me souviens plus, j'étais descendu en ville pour dépenser mon argent de poche (assez limité en ces temps là). Après avoir acheté les bases indispensables du pensionnaire de l'époque (chocolat, cigarettes (Players, je lisais James Bond !), petite flasque d'alcool (du gin, toujours à cause de James Bond), Moto-Revue et Rock & Folk, j'avisais, présenté au kiosque du bureau de tabac, ce livre qui me semblait vraiment terrible ! Hélas, j'avais dépensé tout mon argent disponible pour la semaine. J'ai donc dû reporter mon achat à la semaine suivante. Pas de bol, entre temps le bouquin avait été acheté....
N'empêche qu'il était toujours présent dans un coin de ma mémoire. Alors il y a quelques semaines quand je l'ai trouvé chez PRICEMINISTER, je n'ai pas hésité un seul instant.
Je m'attendais à être déçu, les bouquins de cette collection étant loin d'être tous des chefs d'oeuvres. Et ma fois je dois avouer que non. Marc Agapit arrive à créer une ambiance sinon terrifiante, assez fantastique et si ce livre n'est pas du Stephen King, on le lit sans déplaisir. Certains passages comme la description des enfers sont mêmes passionnants et assez effrayants. D'autres sont assez naïfs, il faut bien le dire mais dans l'ensemble LES SANTONS DU DIABLE se laisse lire gentiment. D'ailleurs Marc Agapit était un auteur plutôt bien considéré à l'époque. Bref si vous en avez l'occasion et que vous trouvez ce livre dans une bouquinerie quelconque, vous pouvez vous lancer. (Enfin, je ne le conseillerais quand même qu'aux amateurs et nostalgiques de cette collection).
J'ai aussi trouvé il y a quelques jours LA MYGALE, bouquin de la même collection « Angoisse » dont le titre et la couverture me faisait rêver à peu près à la même époque. Je le lirai donc également mais sans illusion, l'auteur en étant Maurice Limat, écrivain habitué du Fleuve Noir dont les oeuvres frôlaient ou même basculaient carrément dans la nullité.
Vous pouvez admirer quelques unes des couvertures de cette collection Dans CETTE GALERIE.



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dimanche 3 août 2008

Vargas Llosa, Mario : Chiots (Les). (Folio)

Les chiots, ce sont ces jeunes garçons turbulents de la banlieue de Lima qui tentent de s'affirmer, de devenir adultes. Parmi eux, Cuéllar, cruellement surnommé Petit-Zizi dans un monde où règne le mythe de la virilité. En grandissant, les différences se font plus sensibles, les jeux plus violents et Cuéllar se retrouve en marge. Son innocence est broyée par les rouages implacables de la société péruvienne.

Il y a longtemps que je voulais lire un livre de cet auteur très connu. Je me suis donc procuré ce petit bouquin à 2€ pour un essai, en sachant que s'il me plaisait, je serai obligé d'acheter le recueil complet de nouvelles d'où est tiré celui-ci.
Je viens de faire des économie car je n'ai pas accroché du tout. L'histoire est assez dure, triste et édifiante. Celle du naufrage programmé d'un homme à cause d'un accident dans son enfance. Hélas c'est l'écriture qui me pose problème. Ici, les phrases sont ponctuées, comme au hasard, par des points, virgules et autres sans ordre apparent. C'est sans doute un effet de style mais je n'aime pas du tout. Cela donne une lecture hachée sans points de repère et c'est très désagréable.
Un exemple :

«  ...Fufu tu as du poil au cul, Lalo. Et un de ces samedis, quand ils revinrent au salon, Cuéllar n'y était pas et Nanette soudain il s'est levé, il a payé sa bière et est parti, n'a même pas dit au revoir. Nous sommes sortis et ils l'ont rencontré avenue Grau, blotti contre le volant de sa Nash, tout tremblant, frérot, qu'est-ce que tu as eu, et Lalo : il pleurait. Il se sentait mal, mon vieux ? Lui disaient-ils.... »

vous voyez ce que je veux dire ? Moi je n'ai pas du tout aimé. Peut-être un rendez-vous manqué mais je ne compte pas pour l'instant poursuivre avec cet auteur. C'était peut-être le bouquin a ne pas acheter....
Dommage. :saispas:



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vendredi 1 août 2008

Méliès le cinémagicien.

La magie Méliès Georges Méliès, selon le mot d’Edgar Morin est « le prestidigitateur qui mit le cinématographe dans un chapeau pour en faire sortir le cinéma ». Artiste complet : auteur, producteur, réalisateur, acteur, décorateur, Méliès est le pionnier légendaire du spectacle cinématographique. Dès 1898, il explore les possibilités magiques de la caméra et édifie à Montreuil le premier studio spécialement conçu pour le spectacle cinématographique. Sorcier, magicien, roi des trucs et des féeries, il fait sortir de cette usine à rêves plus de 500 films, une œuvre considérable gouvernée par la fantaisie et l’imagination.

La Magie Méliès retrace au travers de reconstitutions, d’extraits de films et de documents inédits, le destin et la carrière de celui qui a mis au point et développé la plupart des trucages et effets spéciaux utilisés depuis un siècle dans le cinéma. Témoins et historiens proposent d’entraîner le spectateur à la découverte de la vie, de l’art et de la technique uniques d’un créateur hors norme.
Version : française
Version doulbée : anglaise

Une séance Méliès.
Un voyage onirique au cœur de l’univers de Georges Méliès à travers quinze de ses films les plus célèbres :

1898    Un homme de têtes
1900    L’homme-orchestre - Nouvelles luttes extravagantes
1901    Barbe bleue - L’homme à la tête en caoutchouc
1902    Voyage dans la lune
1903    Le cake-walk infernal - Le mélomane - Le chaudron infernal
1904    Les cartes vivantes - Le roi du maquillage - Le thaumaturge chinois
1905    Le tripot clandestin - Affiches en goguette
1909    Le locataire diabolique

Je me réjouissais par avance de la soirée passée à visionner ce DVD. En effet, j'ai toujours adoré les films de Méliès et j'ai donc une immense admiration pour ce précurseur génial.
Hélas il faut bien dire que le documentaire, très long, trop long, s'il nous apprend beaucoup sur le cinéaste est aussi profondément ennuyeux voir soporifique. Les intervenants parlent de Méliès d'une façon assez pédante et ne sont pas avares de digressions sans intérêts. Ce documentaire est bourré de redondances et il faut être vraiment un passionné (je le suis) de ce pionnier du cinéma pour pouvoir visionner ce film. Bien sûr il nous raconte Méliès et surtout son travail sous toutes ses facettes (de la construction de sa propre caméra à la faillite de ses studios), bien sûr il nous décrit avec minutie l'extraordinaire polyvalence du cinéaste (Méliès construisait lui même ses décors, réalisait ses trucages, filmait, était acteur dans ses propres films, les vendait... etc), mais le ton compassé des témoins et historiens plonge le spectateur dans une torpeur sans nom ! C'est vraiment dommage car quel contraste avec les petits films du cinéaste ! Un festival d'acteurs sautillants, d'explosions, de rebondissements divers admirablement servi par des trucages tout à fait convaincants.
Bref un documentaire très décevant.
Mais le plus grave, la plus grande déception vient de la partie normalement la plus intéressante du DVD : les films de Méliès. Et là, je crie au scandale. Ces magnifiques petits courts métrages sont gâchés par des commentaires qui tombent comme des cheveux sur la soupe. Rien de pire que ces « explications » totalement hors de propos rajoutées sur les petites merveilles de Méliès. Par exemple dans « Voyage dans la lune » au lancement de l'obus spatial on entend une voix criarde hurler : « C'est le grand départ ! »
Tout simplement honteux. :diable:
Je ne peux bien sûr conseiller ce DVD qui illustre parfaitement ce que l'on peut faire de pire dans le genre malgré une bonne idée de départ. Quand à moi je vais essayer de trouver un DVD exclusivement composé des oeuvres du génial Méliès.



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mercredi 30 juillet 2008

Andrevon, Jean-Pierre : Reflux de la nuit (Le). (Le Masque Fantastique)

Une ville, une ville presque anonyme. Des rues, des espaces vides, des places et, à la lisière, un cimetière. Un cimetière où, tous les jours, se rend un homme dont la vie e été brisée par une cruelle disparition. Pour lui, Il y va d'une sorte de pèlerinage au milieu des ombres et des ténèbres et, bientôt, d'une lente et irrésistible descente vers le plus affreux des cauchemars. Car ce n'est pas impunément qu'on affronte l'univers des fantômes...

J'aime bien Jean-Pierre Andrevon malgré la qualité inégale de ses romans et nouvelles. Je l'avais découvert au début des années 70 dans FICTION puis dans son premier roman : LES HOMMES-MACHINES CONTRE GANDAHAR, un roman prometteur qui fut adapté au cinéma en un film d'animation de René Laloux : GANDAHAR.
Andrevon est aussi l'auteur, entre autres, d'un superbe roman de terreur : CAUCHEMAR... CAUCHEMARS !
J'ai donc attaqué LE REFLUX DE LA NUIT en espérant lire un bon petit bouquin. Autant l'écrire tout de suite, je n'ai pas été déçu.
L'histoire est assez classique. Le retour de morts vivants est traité sous un angle inhabituel puisque c'est le veuf inconsolable d'une femme décédée qui souhaite la résurrection de son épouse. Ce qui fait l'intérêt principal du livre est bien l'ambiance presque gothique dans lequel baigne le roman. Nuits pluvieuses, brouillard, cimetière, étrange et inquiétant personnage qui promet un miracle.... tous les ingrédients classiques du genre sont réunis pour réussir un bon petit texte d'horreur. Mais ce qui fait la force du récit, c'est le contraste entre ces éléments et la banalité de la vie de Pierre Merlin, petit employé de bureau, de la ville tout à fait ordinaire et des situations... avant l'apparition du surnaturel supposé.
LE REFLUX DE LA NUIT est un livre passionnant, extrêmement bien écrit, qui ménage de nombreux coups de théâtre et qui monte en puissance au fil des chapitres. L'auteur laisse des indices qui laissent présager le dénouement mais la fin reste quand même surprenante. J'ai pris un grand plaisir à sa lecture et je le conseille à tous ceux qui apprécient ce genre de littérature. Une vraie réussite.
À noter que l'auteur a publié pour la première fois cet ouvrage aux éditions Fleuve Noir « Angoisse » en 1972 sous le pseudonyme d'Alphonse Brutsche.
Vous pouvez lire l'opinion d'Oggy sur ce livre ICI



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lundi 28 juillet 2008

Joyce, Graham : Fée des dents (La). (Bragelonne)

" La Fée des dents ", ainsi appelle-t-on la " petite souris " qui passe sous l'oreiller des bambins en Grande-Bretagne. Une innocente invention, un conte pour enfants... jusqu'à cette nuit où le jeune Sam Southall la surprend dans sa chambre !
Voilà qui n'était pas prévu... ni le fait que la créature, qui s'appelle Quenotte, se révèle bien différente de la fée bienveillante qu'imaginent les petits. Perverse, dangereuse, elle va poursuivre Sam et sa bande de copains tout au long de leur adolescence, rythmée par des drames affreux, et changer leur vie pour toujours...

Voici enfin réédité le chef-d'œuvre de Graham Joyce sur le merveilleux et l'étrangeté du monde de l'enfance, un somptueux roman initiatique dans la lignée de Stephen King et de Ray Bradbury. Un classique effrayant, nostalgique et drôle, en cours d'adaptation au cinéma.

Graham Joyce est né en 1954 près de Coventry (Grande-Bretagne). Il a étudié et enseigné la littérature anglo-saxonne avant de s'exiler sur une île grecque pour écrire son premier livre. Depuis 1991, il a publié douze romans et de nombreuses nouvelles, récompensés par quatre British Fantasy Awards (dont La Fée des dents), deux Grands Prix de l'Imaginaire et enfin le World Fantasy Award pour Lignes de vie. Il est aujourd'hui reconnu comme l'un des grands écrivains anglais contemporains. Plusieurs de ses romans, dont celui-ci, sont en cours d'adaptation au cinéma.

Déjà avec FAËRIE, magnifique roman de Raymond E. Feist, mon ami Damien m'avait fait découvrir une oeuvre exceptionnelle. Voilà qu'avec ce livre, qu'il m' a gentiment offert, il récidive.
Je ne connaissais pas cet auteur (j'ai beaucoup de lacunes) mais en lisant le texte de présentation j'ai tout de suite su que j'allais aimer ce bouquin.
Et en effet, je me suis vraiment régalé à la lecture de LA FÉE DES DENTS.
D'abord le récit est tout simplement passionnant. L'enfance puis l'adolescence de Sam, le héros, de ses deux copains Terry et Clive ainsi que d'Alice dont ils sont tous amoureux, est raconté ici avec brio et humour. Leur histoire intime, parsemée de drames, de découvertes et phantasmes divers, est aussi, bien sûr, rythmée par une sexualité omniprésente tout au long du livre.
Et là ou l'auteur fait vraiment fort c'est que pendant tout le récit et ceci jusqu'à la fin du livre, on se demande si Quenotte, l'étrange et fantasque fée existe vraiment ou n'est présente que dans l'imagination fiévreuse de Sam. Deux lectures sont en effet possibles. L'irréel ou la démence.
Sam est-il vraiment la victime d'une fée perverse ou ne serait-il pas plutôt un garçon à l'imaginaire sur-développé ? Schizophrénie et perception faussée de la réalité ou pénétration d'un autre monde dans celui d'un adolescent anglais ordinaire ?
Tout l'immense talent de Graham Joyce est bien, en effet, de faire douter le lecteur tout en racontant d'une façon très réaliste l'extraordinaire complexité de cette période charnière qu'est l'adolescence. Ses doutes, ses révoltes et son lent cheminement vers l'âge adulte.
Je n'aime guère le terme de « roman initiatique » et pourtant c'est tout à fait le terme adéquat pour ce livre.
LA FÉE DES DENTS est vraiment un superbe et grand bouquin. Il mélange avec bonheur le fantastique, le suspense et l'humour avec une pointe de terreur pour pimenter le tout.
Bref un grand et beau livre que je conseille à tous. :top:
J'espère vous avoir convaincu de la nécessité de l'achat (ou du vol) de ce bouquin et en attendant de le recevoir, vous pouvez toujours vous plonger dans l'univers photographique très onirique de Damien. Son blog photographique CAMÉRA OBSCURA est un modèle du genre qui vous emmène jusqu'à la lisière du rêve.



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samedi 26 juillet 2008

Un "tag" de Calepin

Encore un tag lancé ou plutôt transmis par Calepin et déjà effectué entre autres par Sentinelle et Fattorius
Une lettre de l'alphabet = un auteur = un livre.
Je me suis lancé d'un coup car avec ce genre de défi, si on commence à réfléchir....
Autant vous prévenir, j'ai triché car pour certaines lettres je ne pouvais me décider.
Voilà le résultat.

A : AYMÉ, Marcel : pour ses nouvelles et ses petits contes poétiques plus que pour ses romans (que j'aime beaucoup aussi cependant).
A : AJAR, Emile : C'est sous ce pseudonyme que Romain Gary a écrit ses deux plus beaux romans, « La vie devant soi » et « L'angoisse du roi Salomon »

B : BRADBURY, Ray : Un de mes premiers amours littéraires. Je ne me lasserai jamais des fameuses « Chroniques martiennes. »
B : BUZZATI, Dino : « Le désert des tartares » bien sûr mais aussi « Un amour » et toutes ces merveilleuses nouvelles surréalistes et si porteuses d'humanité.

C: CARROLL, Lewis : « Alice au pays des merveilles, « De l'autre côté du miroir », « La Chasse au Snark.... indémodables et très profonds, des lectures que tous les adultes devraient reprendre.
C : CAMUS, Albert : « Plus que le mythique « L'étranger » j'apprécie ses essais philosophiques comme « Le mythe de Sisyphe » ou « L'homme révolté ». Ses livres m'ont beaucoup apportés.

D : DOSTOÏEVSKI, Fedor, Mikhaïlovitch : Rien à dire, « Crime et châtiment » est sans doute le plus beau roman jamais écrit (avec « Les Misérables ».) Je vais d'ailleurs le relire très bientôt.

E : ELLROY, James. Ses livres vont très au-delà du roman policier. Il y a une puissance évocatrice, un sens du réel qui en font presque des documentaires.

F : FALLET, René : Deux veines dans son oeuvre. La veine whisky pessimiste et, ma préférée, la veine beaujolais avec de grands romans à l'humour paillard et joyeusement anarchiste comme « Le beaujolais nouveau est arrivé » ou «  Ersatz ». Romans littéralement massacrés par des adaptations cinématographiques ineptes et honteuses.

G : GONTCHAROV, Ivan : Tout le vague à l'âme et l'humour russe en un seul chef d'oeuvre « Oblomov » qu'il faut absolument lire.
G : GRACQ, Julien : Une des plus belles plumes de la littérature française. Je ne remettrai jamais de la découverte de « Au Château d'Argol » ou d' »Un balcon en forêt ». Un auteur majeur.

H : HUGO, Victor. Bien sûr ! Les misérables... un livre dont on ne peut se lasser ! Démesuré, énorme, je le relis toutes les décennies. Ne pas oublier ses autres romans et ses poèmes gigantesques.
H : HARRISON, Jim. A mon avis l'écrivain contemporain américain le plus important. Avec « Dalva », « La route du retour », « La femme aux lucioles », « En route pour l'Ouest » et tant d'autres romans ou nouvelles, Jim Harrison nous montre des solitudes humaines dans l'immensité de l'Amérique. Humour, émotions... tout simplement éblouissant !
I : IZZO, Jean-Claude. Un auteur parti trop tôt. Ces polars, très engagés » étaient superbes. Son dernier roman : « Le soleil des mourants » est une oeuvre terrible dont on ne sort pas indemne.
I : IRVING, John , Un écrivain déjanté. Qui ne se souvent du génial « Le monde selon Garp » ? De « L'épopée du buveur d'eau » ou de « Liberté pour les Ours » ? De gros bouquins touffus dans lesquels on se plonge avec délice. Il me reste dans ma pile à lire son dernier (je crois) roman : « Je te retrouverai ». Un énorme pavé. Je vais me régaler.

J : JAENADA, Philippe. Des livres au rythme étourdissant. C'est drôle et plus profond qu'il n'y paraît. « La grande bouche molle », « Le chameau sauvage », « Néfertiti dans un champ de canne à sucre », « Le cosmonaute ».... Ils sont tous épatants.

K : KOTZWINCLE, William. « Le nageur dans la mer secrète ». Minuscule petit livre. Le seul que j'ai lu de cet auteur. Je ne m'en remettrai jamais ! Le plus bouleversant, le plus beau texte jamais paru. Un chef d'oeuvre indispensable.
K : KING, Stephen : parce qu'il a inventé le roman de terreur moderne. Il faut lire « ÇA » son meilleur roman. Un immense bouquin !
K : KAFKA, Frantz. Le réalisme allié à l'imaginaire. Des descriptions minutieuses de cauchemars intérieurs... Il faut lire « Le procès », « Le château », « La métamorphose »... il faut tout lire en fait.

L : LAUTRÉAMONT. Un OVNI dans la littérature française. L'éprouvant et terrible « Les Chants de Maldoror » est un patchwork étonnant de poésie, de policier, de théâtre... une oeuvre totalement inclassable, totalement originale, un livre terriblement fascinant. Des chants cruels et magnifiques.
L : LOVECRAFT. Le sulfureux écrivain fantastique américain. Il faut vraiment rentrer dans son oeuvre si particulière. Ce n'est pas un auteur facile mais si passionnant ! Les romanciers modernes, aujourd'hui encore explorent les arcanes des mythes qu'il a créés...

M : MANN, Thomas. Sans doute l'écrivain allemand que je préfère. De sa première nouvelle « Paillasse » à son dernier roman « La montagne magique », cet auteur prussien, grand bourgeois mais humaniste et résistant au nazisme distille dans ses écrits une nostalgie du temps ou l'Allemagne était grande parmi les grandes au niveau de la culture et des arts. Tout le monde connaît le formidable « Mort à Venise » magnifié au cinéma par l'adaptation de Visconti.Mais il faut lire aussi entre autres « Les Buddenbrook ».

N : NERVAL, Gérard de. « Sylvie », « Aurélia », « Les filles du feu »... inutile de présenter cet auteur dont les rêveries magnifiques, fantastiques et romantiques font de ses textes des voyages poétiques dans un imaginaire éblouissant. C'est beau. Point.

O : OWEN, Thomas. Un auteur belge qui nous offre un fantastique assez inquiétant. Ces nouvelles sont mystérieuses et laissent souvent au lecteur le soin de terminer le récit. L'angoisse est amenée par petites touches. Fascinant.

P : POE, Edgar, Allan. Un auteur culte ! Je ne me lasserai jamais de lire et relire « Histoires extraordinaires », « Nouvelles histoires extraordinaires »; « Histoires grotesques et sérieuses ». C'est un auteur extraordinaire que je vénère.
P : PEREC, Georges. « La vie mode d'emploi » est peut-être le seul exemple de roman « cinématographique » (avec « Les choses »). Perec ne laisse rien à l'imagination du lecteur. Il d'écrit tout ! C'est hallucinant !

Q : QUENEAU, Raymond. Parce que « Zazie dans le métro », « Pierrot mon ami », « Les fleurs bleues », parce que ses poésies....

R : RAMBAUD, Patrick. Sa trilogie napoléonienne « La Bataille », « Il neigeait » et « L'Absent » est formidable. J'ai adoré.
R : RAY, Jean : Le plus grand écrivain fantastique belge. Son roman "Malpertuis", complexe et envoûtant est un chef d'oeuvre. Mais c'est dans ses nouvelles que Jean Ray donne la pleine mesure de son immense talent. Je considère "La Ruelle ténébreuse" (in "Le Grand Nocturne") comme la plus belle et la plus étrange nouvelle de littérature fantastique jamais écrite.

S : STEINBECK, John. Prix Nobel de littérature, toute son oeuvre est pleine de révolte, d'humanité mais aussi d'humour. « En un combat douteux », « Les raisins de la colère », « Les pâturages du ciel », « A l'est d'Eden », « Des souris et des hommes ».... tous des romans devenus des classiques incontournables.

T : THOREAU, Henry, David : Une pensée anarcho-américaine tout à fait moderne qui a influencée les penseurs de La Commune et continue d'inspirer les alter-mondialistes. Il faut lire «  La désobéissance civile ».

U : UHLMAN, Fred. « L'ami retrouvé », un petit roman tragique et magnifique.
V : VAUTRIN, Jean. Avec « Le cri du peuple », Jean Vautrin a écrit avec des accents céliniens LE roman de la Commune. Ce livre est un chef d'oeuvre.
V : VIAN, Boris : Parce que ce génie universel est un incontournable de la littérature, du théâtre, du cinéma, de la chanson, de la traduction, de la poésie... « L'Automne à Pékin » est mon roman préféré. Mais tout est bon chez Vian !

W : WILLIAMS, Charles. : Je viens de lire le fameux "Fantasia chez les ploucs" et sa suite largement aussi drôle : "Aux urnes les ploucs !". De la vraie et bonne lecture de détente. Deux livres, deux régals.
X : Je cale là.... :rouge:

Y : YOSHIMURA, Akira. Un auteur que je viens de découvrir avec un livre contenant deux nouvelles enthousiasmantes. « La Jeune fille suppliciée sur une étagère » et « Le sourire des pierres ». Deux magnifiques récits ayant pour thème la mort mais traités d'une façon extraordinairement originale. Je vous le conseille.

Z : Zweig, Stefan. « La pitié dangereuse » est une pure merveille. Il faut absolument lire ce bouquin.
Z : ZOLA, Émile : Parce qu'avec la série des Rougon Macquart, c'est tout le 19° siècle que raconte Zola. Inutile de citer des romans, tout le monde connaît « L'assommoir », « La Terre », « La Débâcle » ou « Le ventre de Paris ». Je suis content de terminer en beauté avec cet auteur.

Bon, comme vous voyez, je n'ai pas respecté les règles mais c'était impossible pour moi. Je ne vais pas non plus relire ce billet. Je serais capable de rajouter quelques auteurs de ci de là.
Allez, j'engage mes lecteurs à relever aussi ce défi. Mais sans tricher cette fois. Nan mais !
:fou:

jeudi 24 juillet 2008

Salvayre, Lydie : Vie commune (La). (Folio)

Suzanne, la narratrice, est depuis plus de trente ans l'employée exemplaire de monsieur Meyer et ne souhaite rien d'autre que cette servitude bien réglée. Mais désormais elle va devoir partager son territoire avec une nouvelle secrétaire, une femme vulgaire, mamelue, péremptoire et dont les idéaux petits-bourgeois choquent sa morale pudibonde et sa conception de la vertu.
Au cœur de ce huis clos somme toute banal, les sournoiseries quotidiennes, les punitions, les petites batailles acharnées, dérisoires, prennent les dimensions d'une guerre civile. La gêne, l'antipathie, le dégoût deviennent obsession, haine, désespoir. Le délire puis la folie s'installent.

Lydie Salvayre, à travers cette fable ironique et cruelle, fait de la vie de bureau le révélateur du cadre où se déroulent toutes nos guerres, petites ou grandes : la vie commune.

Lydie Salvayre, avec ce livre, nous plonge dans le petit univers étriqué, plein de souffrances, de méchanceté et de solitude de Suzanne, secrétaire de bureau qui voit une nouvelle collègue venir empiéter sur son territoire. Très vite, à travers de futiles petites mesquineries, de non-dits, d'incompréhensions et de jalousies dérisoires, la haine s'installe. On assiste au dégoût grandissant de Suzanne, non seulement vis à vis de sa rivale de bureau mais aussi des habitants de son immeuble, du gardien, de son gendre et même de sa fille, bref de l'humanité. Sans rapports humains dignes de ce nom, ce dégoût glisse vers le désespoir pathétique et la folie paranoïaque.
C'est un très beau livre, presque un sombre documentaire, que j'ai beaucoup aimé. Il aurait mérité, à mon avis, d'être un peu plus développé mais je ne regrette pas ni mon achat ni la lecture de LA VIE COMMUNE.
Je remercie Sourifleur qui via son Blog LES LECTURES DE SOURIFLEUR, m'a fait connaître cette auteur.



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mardi 22 juillet 2008

Brussolo, Serge : Bêtes (Les). (Éditions Vauvenargues)

Il vivait dans un monde où les gens avaient honte de transpirer et s'aspergeaient de déodorant. Un monde où l'on commercialisait des chats sans griffes pour ne pas abîmer les moquettes...
Un jour il sentit que quelque chose s'était installé en lui, une force terrible qui remodelait son corps et ses instincts, une force que les services d'hygiène appelaient pudiquement l'épidémie. Il était devenu, comme beaucoup d'autres, un paria se terrant dans le labyrinthe des cités foudroyées par la maladie, un maudit aux métamorphoses imprévi­sibles.
Son corps était à la fois son meilleur allié et son pire ennemi. Bête, il devait manger et tuer comme une bête. Apprendre à survivre par la griffe et le croc...

Et hop ! Encore un petit Brussolo de derrière les fagots.
Une histoire de métamorphose, de lycanthropie mais à la sauce Brussolo. C'est à dire bien démesurée, partant dans tous les sens et pour tout dire assez fascinante. Encore une fois, on sent bien que l'auteur écrit d'un seul jet, suit ses délires intimes et se moque de préparer un plan. Alors il faut se laisser emporter sans essayer de comprendre, sans analyser.
Et là, il faut dire qu'avec LES BÊTES, on est gâté ! Cela commence par la description d'un monde (le nôtre ?) obsédé par l'hygiène et qui, dans un premier temps pourchasse et détruit les animaux. Du pigeon au chat domestique....
Puis, avec l'invention d'une viande qui peut se conserver presque indéfiniment, le cauchemar des transformations commence. Une épidémie touche certains qui, peuvent alors se transformer en animal. N'importe quel animal ou même, comme le héros, Zigfeld, en un patchwork d'animaux divers. Il est impossible de résumer la suite tellement elle est composée de scènes diverses toutes aussi délirantes et improbables que possible. On est littéralement happée par cette histoire complètement dingue.
Bien sûr, comme presque toujours avec Serge Brussolo, le manque de rigueur est flagrant et quelques petites contradictions parsèment le récit, mais c'est un peu la marque de l'auteur et pour ce livre, ce n'est pas vraiment gênant.
Un autre défaut de l'écrivain est d'avoir du mal à écrire des fins crédibles. Bonne surprise l'épilogue est ici, parfaitement réussi. Cette fin est à la fois logique et pourtant tout à fait surprenante. LES BÊTES est un bouquin très prenant, un « bon » Brussolo que les amateurs de fantastique/épouvante vont sans aucun doute apprécier.
En tout cas, je l'ai beaucoup aimé et je vous le conseille.



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